En 1985, un groupe de familles s’est entendu sur une conviction simple, mais puissante : leurs enfants méritaient d’apprendre aux côtés de leurs camarades.

Cette conviction a donné lieu à une contestation fondée sur la Charte qui allait changer l’avenir de l’éducation au Nouveau-Brunswick. Le 18 juin 1986, la Loi sur l’éducation du Nouveau-Brunswick a été modifiée à jamais, ouvrant la voie à l’inclusion scolaire dans toute la province.

Cette année, nous célébrons les 40 ans de l’inclusion scolaire : 40 ans de progrès, d’apprentissage, de défense des droits et d’engagement à s’assurer que chaque enfant a sa place.

Pour Shana Woodill, directrice de l’inclusion scolaire, ce jalon représente bien plus qu’une simple réflexion sur les politiques et l’histoire. Il s’agit d’une affaire profondément personnelle.

Le frère de Shana, Daniel, est atteint du syndrome de Down et a lui-même fait l’expérience de l’inclusion à l’école.

Voici ce dont elle nous a fait part lors de notre déjeuner Réveillez-vous avec l’inclusion, organisé plus tôt cette année à Moncton :

SHANA PREND LA PAROLE

Cette année, nous célébrons quatre décennies d’inclusion scolaire. Quarante ans de progrès, quarante ans d’apprentissage et quarante ans à affirmer que « tous les enfants ont leur place ».

Et pour moi, ce n’est pas seulement une question de politique : c’est personnel. Mon frère est atteint du syndrome de Down, et il a été inclus à l’école. Quand je retourne dans ma ville natale, où il vit toujours, je l’emmène souvent souper. Un jour, alors que j’allais chercher notre commande, la personne au guichet du service au volant s’est adressée directement à Daniel, assis sur le siège du passager, sans même me prêter attention. Son visage s’est illuminé. Mon frère s’est tout de suite joint à la conversation avec un immense sourire, répondant à cette personne et la regardant comme je le ferais avec une vieille amie.

Et je me souviens m’être dit à ce moment-là : « Est-ce que ce lien, même s’il ne s’agit que d’un bref moment, aurait été possible si Daniel n’avait pas été intégré dans une classe ordinaire? » Honnêtement, je ne le crois pas. Cette jeune femme ne l’aurait pas connu. Elle n’aurait pas eu la chance de grandir à ses côtés. Ce moment, cette simple conversation pour « prendre des nouvelles », est né d’un sentiment d’appartenance.

C’est ça, l’inclusion. Elle permet d’établir des communautés où les gens se reconnaissent, s’apprécient mutuellement et tissent des liens d’une manière que nous tenons souvent pour acquise.

Nous avons parcouru un long chemin. Aujourd’hui, nous avons toute une génération d’élèves qui n’ont connu que des classes inclusives. Ils deviennent le genre d’adultes qui embauchent de manière inclusive, qui accueillent et qui appuient les autres – tout simplement parce que c’est ainsi qu’ils ont été élevés.

Mais nous savons aussi que l’inclusion est un travail en évolution. Non pas parce que les enfants et l’inclusion posent un problème; ce n’est jamais le cas. Mais parce que notre système a besoin des soutiens adéquats. Nos enseignantes et enseignants ont besoin de ressources et d’équipes sur lesquelles ils peuvent compter. Les familles doivent savoir que leurs enfants ont des occasions justes et équitables de s’épanouir. Ce travail nécessite un mouvement, et un mouvement a besoin de leaders dévoués, comme ces premières familles de Saint John, pour le faire avancer.

**FIN**

Au cours des 40 dernières années, le Nouveau-Brunswick a vu des générations d’élèves grandir dans des classes inclusives. De nombreux jeunes d’aujourd’hui n’ont connu qu’une communauté scolaire où tout le monde apprend ensemble.

Ces élèves deviennent des adultes pour qui l’inclusion va de soi. Ce sont les futurs employeurs, collègues, voisins et leaders qui seront plus enclins à accueillir et à appuyer les autres, car l’inclusion a toujours fait partie de leur expérience.

Mais le travail se poursuit.

L’inclusion scolaire ne se résume pas à la question de savoir si les enfants ont leur place. Il faut avant tout veiller à ce que les soutiens appropriés soient en place pour que chaque élève ait la possibilité de réussir.

Les enseignantes et enseignants ont besoin de ressources et d’équipes sur lesquelles ils peuvent compter. Les familles doivent avoir l’assurance que leurs enfants onc accès à des chances équitables d’apprendre, de grandir et de s’épanouir.

La mise sur pied de communautés inclusives exige un effort collectif. Elle nécessite l’engagement des familles, des éducatrices et éducateurs, des défenseures et défendeurs, et des leaders qui continuent de faire avancer ce travail, tout comme l’ont fait les premiers défenseurs des familles il y a 40 ans.

Car lorsque les enfants apprennent ensemble, les communautés grandissent ensemble.

Et tout commence par la conviction que chacun a sa place.